Kingdom Come Deliverance 2
Le Moyen-Âge mais pas comme à Hollywood
Hello les gens !
En cette période de fêtes de fin d'année, mon comparse Aemind m'a offert un "petit" jeu de chez Warhorse Studios que vous aviez sans doute repéré aux Game Awards (faudra que j'en fasse un article d'ailleurs pour expliquer à quel point les GA c'est pas si différent des Pégases, ou un podcast, pour montrer que même si on peut voter, beh ça sert à nada), il s'agit bien entendu de ce bon Kingdom Come Deliverance 2 !

Petite précision, oui le jeu est la suite directe de Kingdom Come Deliverance 1, mais n'ayant pas joué au premier jeu, j'ai pas de point de comparaison, donc c'est avec un œil neuf que je découvre ce jeu, et pour rappel je joue sous Linux, donc si vous comptez y jouer, je vous donne de suite la solution du bug de non détection de DX12 par Proton Experimental au lancement du jeu: ajoutez ça en option de lancement et tout ira nickel VKD3D_CONFIG=nodxr %command%.
Maintenant que la petite précision technique est réglée, passons au vif du sujet, de quoi que ça parle KCD2 ? Nous y incarnons Henry de Skalice, fils de forgeron, ayant perdu sa famille et son village dans le premier jeu (on a des flashbacks pour nous le rappeler, ce qui permet de démarrer KCD2 en ayant tout le contexte), et actuellement Chevalier et Garde du Corps du Seigneur Hans Capon de Pirkstein (qui est inspiré d'un réel personnage historique d'Europe de l'Est) sur les Terres de Bohème (une région de l'actuelle Tchéquie, et oui le surnom de Bohémien donné aux Roms vient de là) ravagée par la Guerre entre le Roi Wenceslas IV de Bohème et son demi-frère Sigismond du Luxembourg (et son armée de Coumans, des mercenaires Hongrois, qui ont notamment incendié Skalice).

Après un tutoriel où on apprend les bases du gameplay, on choisit sa classe (qui va juste définir quelles comp de départ auront un ou deux points de plus que les autres, mais ça changera rien à votre run en vérité), on finit à poil, sans le sou, sans notre cheval et notre doggo, perdu au milieu de nulle part en Bohème, et en plus Hans boude (en même temps t'avais qu'à bosser au lieu de dire qu'en tant que Noble, même fauché, tu bosseras pas, on a fini au pilori avec tes conneries coño), et donc c'est à nous de regrimper l'échelle sociale médiévale, nous refaire un nom, et accessoirement venger ses parents.
Même si c'est un RPG médiéval en vue à la première personne, ne vous attendez clairement pas à une expérience de jeu à la Elder Scrolls, ici pas de magie, pas de build turbo craqué basé sur la furtivité, et surtout pas de protagoniste surpuissant qui peut décimer la moitié du Pays dès le niveau 1 avec un monde dont la difficulté se scale au même rythme que notre progression, KCD 2 est un jeu qui prône le réalisme et la réalité historique.

Le jeu souhaite nous rapprocher au maximum de ce qu'était réellement la vie au Moyen Âge en Europe, et cela se ressent dans absolument tous les aspects du jeu, que ce soit via son histoire (même si par moments je lui trouve un très léger côté cinématographique), ses personnages hauts en couleur qui représentent bien la division de la société à l'époque (Noblesse, Clergé, Plèbe), ses quêtes (que je déconseille aux âmes sensibles), son système de réputation très organique (si on vous apprécie dans un village, vous ne serez pas instantanément apprécié dans le village d'à côté, il faut attendre que le temps passe et que les rumeurs aillent de village en village au fil des trajets des habitants du coin), votre équipement (vous ne pourrez pas porter de côte de maille ou de plastron de plates si vous ne portez pas de gambison en dessous), le système de combat (que je décrirai plus en détail plus tard), ou même les mini-jeux comme la Forge ou l'Alchimie qui nécessitent d'y aller avec méthode (même si très gamifié à mon goût, avec Henri qui commente tout ce qu'on fait pour nous indiquer ce qu'on a pu foirer quand on ne fait pas un perfect à ces mini-jeux là, comme trop faire bouillir notre mixture, ou pas assez chauffer le métal qu'on a forgé).
Le jeu contient également un Codex ingame, qui nous sert d'encyclopédie sur le Moyen-Âge, et cela se ressent qu'un immense travail d'étude médiéval a été effectué ici, les passionnés d'histoire pourront être aux anges, le jeu décrit même les quelques points où ils s'écartent de la réalité historique pour les besoins du jeu et pourquoi de tels écarts, c'est qu'un détail, mais c'est ce genre de détail qui fait toute la différence.

En parlant de petit détail, le système de combat se veut à la fois simple, réaliste, et surtout ardu à maîtriser, déjà nous avons accès à plusieurs types d'armes, que ce soit la classique épée courte, la bonne vieille épée longue, les armes lourdes regroupant masses et haches, ou les armes d'hast que sont la lance, la fourche, ou simplement le bâton, on peut attaquer via plusieurs angles, que ce soit latéral de chaque côté, au dessus, ou en estoc (bon vous attendez pas à pouvoir faire de l'estoc avec une masse d'armes hein), avec un système de combo qu'on peut faire qui va déclencher des animations spéciales (genre attraper notre épée en prise dite "Mordhau", c'est à dire par la lame, pour frapper avec la garde comme un marteau).
En plus de ce système d'angles et de combos, on a aussi une mécanique de parade et de contre, qu'il vous faudra obligatoirement maîtriser, comme j'ai dit on est pas dans un Elder Scrolls, frapper en spammant le clic gauche ne fera qu'épuiser votre personnage, créant des ouvertures pour permettre à vos adversaires de vous enchaîner et vous tuer en deux baffes, surtout si votre protection est légère, faisant que même le premier bandit venu peut vous tuer assez aisément si vous ne faîtes pas attention à sa manière de combattre pour trouver une faille à exploiter, le jeu déconne zéro et ne vous épargnera pas pendant les combats.

Outre le côté punitif des combats (ce qui en soi est réaliste), vous aurez également votre équipement à entretenir régulièrement si vous ne souhaitez pas que votre bel équipement fabriqué/acheté/looté ne vous lâche au premier combat venu, votre fatigue et votre faim à gérer, et évidemment, si vous êtes blessé, il ne suffira pas de boire une potion pour aller mieux, il n'y aura aucune honte à prendre la fuite si vous vous retrouvez dans une situation délicate pour panser vos plaies, prendre le temps de vous soigner (pansement, une petite décoction de camomille, une bonne nuit de sommeil à l'auberge la plus proche, et zou), nettoyer un camp de 5 bandits ne se fera pas en deux minutes, il faudra y aller méthodiquement, quitte à y aller de nuit quand tout le monde dort pour les assassiner dans leur sommeil plutôt que prendre le risque de faire du 1 contre 5 et de devoir recharger votre dernière sauvegarde.
En parlant de sauvegarde, ici on a trois méthodes pour sauvegarder, la première est bien évidemment une sauvegarde automatique lorsque vous atteignez certaines étapes de votre quête en cours, soit vous pouvez le faire en allant vous coucher dans une auberge ou votre "lit attitré" dans certains lieux qui acceptent de vous héberger (genre chez le Forgeron de Tachov si il nous prend comme apprenti), et enfin en buvant un Schnaps du Sauveur, une potion à base d'orties et de belladone (oui oui, la plante vénéneuse) bouillies dans du vin que vous pourrez fabriquer via un atelier d'alchimie (ce qui alcoolisera votre personnage au passage), donc veillez à faire attention à quand date votre dernière sauvegarde si vous comptez faire une action un peu risquée, une mauvaise chute est si vite arrivée (oui ça m'est arrivé de glisser d'une falaise alors que ma dernière save date de plus d'une heure).

Côté World Building et immersion, je me suis plusieurs fois surpris à m'arrêter pour admirer le monde, regarder les PNJ suivre leur petite routine, se raconter des ragots, manger un bout à l'auberge du coin, aller travailler, j'ai pas la sensation d'être dans un monde figé qui attend que je vienne le sauver comme dans la très grande majorité des RPG médiévaux de ces 20 dernières années, la vie suit son cours à son rythme, se balader en forêt pour nous amener à des rencontres plus ou moins fortuites, même le système de "voyage rapide" nous oblige à suivre des routes logiques pouvant amener à des rencontres aléatoires comme une embuscade de bandits ou un marchand itinérant qui nous accepte de nous prendre avec lui sur sa cariole si on est à pieds, ce qui incite à utiliser au final cette mécanique le moins possible pour profiter de la richesse de l'univers, même quand on est dans une zone "vide" en fait il y a plein d'endroits où aller et de choses à faire, là où la plupart des open worlds sont juste vides, et putain que c'est agréable.
Votre progression se fera lentement, monter vos compétences se fera en vous en servant, vous voulez que votre perso ait un bon level de combat à l'épée ? Battez vous à l'épée ! Vous voulez améliorer votre compétence de forge pour faire de belles haches ? Bah c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Oui ya du grind, mais ça reste du grind intelligent et bien pensé, on monte pas notre niveau global en forgeant 200 dagues de fer (coucou Skyrim), mais en faisant de tout, en faisant avancer l'histoire, pour augmenter le "niveau principal" de notre personnage, tous les deux niveaux dans une compétence nous débloquant un Atout qu'on peut choisir, qui ne sont pas en soit broken, mais permettent de personnaliser un petit peu notre progression, comme le fait de gagner en compétence de Craft en faisant réparer notre équipement par un artisan (justifié par le fait que Henry observe et va proposer son aide à l'artisan), ou un boost de dégâts de taille après avoir affûté notre arme à la meule (justifié ici par le fait qu'on joue un fils de forgeron qui a appris à correctement entretenir son équipement), au bout de 15h si on a enfin un plastron rouillé ou un bouclier on est content.

Visuellement, comme vous l'avez vu au fil des captures d'écran partagées dans cet article, le jeu est putain de beau, les collines de Bohème nous appellent clairement à nous y aventurer, mais de beaux graphismes ont un prix, et les configurations les plus légères risquent de galérer à lancer le jeu, surtout sous Windows et sa consommation de ressources plus qu'abusée, mais le jeu tourne sous Steam Deck, donc ça montre qu'il y a quand même eu un taff d'optimisation de fait pour tourner via Proton sur la petite machine portable de Valve sans trop de souci.
Musicalement, le duo formé par Jan Valta et Adam Sporka a su retranscrire une ambiance parfaite pour ce jeu, entre chants grégoriens, orchestre symphonique, mais également des musiques plus "de barde" avec des tambours, flutes, et autres luths, on reste certes sur les divers stéréotypes musicaux médiévaux ici, ça reste efficace à chaque moment de notre aventure, et brise en rien l'immersion dans l'univers du jeu.
Oui, Kingdom Come Deliverance 2 est dur, oui, Kingdom Come Deliverance 2 est exigeant, oui, Kingdom Come Deliverance 2 est punitif as fuck, mais surtout, oui, Kingdom Come Deliverance 2 est une putain d'immersion réaliste dans l'Europe Médiévale, à la limite de la simulation. Si vous vous attendez à un jeu tout beau tout rose, passez votre chemin, si vous vous attendez à un monde de bisounours, passez votre chemin, si vous vous attendez à devenir un guerrier invincible qui clear 3 camps de bandits en guise de petit dej sans transpirer, passez votre chemin.
Ici on est là pour en chier tout comme à l'époque, avec la brutalité qui vient avec parfois, mais si vous êtes à la recherche d'un RPG qui privilégie le réalisme au spectacle, où un combat réussi c'est un combat où on en sort en vie et pas le bide ouvert en utilisant notre bouclier comme une canne d'une main, et en tenant nos intestins de l'autre, où on profite de la lenteur du récit et de notre épopée, ce qui le rend d'autant plus satisfaisant quand on arrive enfin au bout de notre objectif du moment.
Kingdom Come Deliverance 2 est à 60€ sur Steam, et en promo à 30€ jusqu'au 5 janvier (vive les soldes d'hiver) : https://store.steampowered.com/app/1771300/Kingdom_Come_Deliverance_II/
Petit bonus, si vous êtes curieux, le Musée de l'Armée a produit deux vidéos où un de leurs conservateurs qui est également historien apporte son analyse au gameplay du jeu, ce qui est particulièrement intéressant si vous êtes comme moi férus d'histoire et souhaitez voir à quel point le jeu est "historiquement correct".