C'était comment il y a 20 ans ?
Nom de Zeus !
Hello les gens !
Au vu des récents événements autour de Discord, je me suis fait la reflexion suivante "les gens sont en panique face aux bails de Discord comme s'ils peuvent pas faire sans, à croire qu'ils ont oublié comment c'était il y a 10 ans", et là, un fait m'a frappé, en 10 ans, internet a énormément changé, en 20 ans encore plus, et je me suis rappelé que j'ai eu pas mal de retours de lecteurs en privé qui m'ont dit que pour beaucoup ils ont réellement commencé à utiliser internet justement dans la période correspondant à une période autour de 2010, outre le coup de vieux, j'me suis dit que ce serait pas déconnant du coup que je remonte dans le temps pour vous parler un peu de comment j'ai connu Internet à une certaine époque.

J'ai donc choisi la période autour de 2006 pour ce petit retour vers le passé pour plusieurs raisons :
- Facebook n'était pas encore arrivé réellement en France, ayant été fondé en 2004, il ne le fera que l'année suivante avant de réellement commencer à s'imposer en 2008-2009
- Même chose pour YouTube, qui n'est arrivé en France qu'en 2007 et s'est imposé massivement en 2010 grâce à des vidéastes comme Hugo Tout Seul, le Joueur du Grenier et Cyprien (c'est d'ailleurs là que j'ai commencé la création de contenu)
- Les Consoles de 7ème Gen n'étaient pas tant arrivées en France (c'est mon sujet du moment sur mon podcast solo Budda Into The Grid), la Xbox 360 venait tout juste de sortir, et la Playstation 3 n'est arrivée que l'année suivante

Déjà commençons par le commencement, déjà avoir un PC "familial" à la maison qui trône dans le salon ou le grenier, c'était déjà limite un luxe quelques années avant, mais là ça commence à bien se démocratiser. On était sur des grosses tours qui en termes de taille (et de bruit de ventilo) ont rien à envier aux derniers setups modernes, avec un Intel Core 2 Duo à 2GHz (rigolez pas, c'était banger à l'époque), des systèmes 32 bits (les Windows 64 bits étant apparus qu'en 2005, c'était pas encore la norme), 2Go de RAM (avec du 32 bits on pouvait aller jusqu'à 4Go), un disque dur entre 100 et 250Go, et pour les plus fortunés, une Puce Graphique Nvidia Geforce 8800 avec 512Mo de VRAM (ou sa concurrente directe, la ATI Radeon X1950), mais comme dit, là c'était vraiment chez les plus fortunés.
On était bien loin de nos configurations modernes avec des processeurs 8 coeurs 16 threads à 5GHz, nos X To de SSD, 32 Go de RAM, et des cartes graphiques avec 16Go de VRAM, bon le prix n'était pas le même non plus hein, à l'époque un PC très haut de gamme tournait autour des 1000 à 1500€. Du côté des écrans, déjà on en avait qu'un, branché en VGA ou en DVI pour les plus haut de gamme, avec des résolutions autour de 1280x1024 (et oui on était encore sur du 4/3), et les classiques claviers et souris filaires (à boule bien évidemment) fournis directement avec la tour par le constructeur de la bécane.

Evidemment, 2006, c'était aussi les débuts d'Ubuntu, la distribution Linux avec laquelle beaucoup de Linuxiens ont commencé, moi même j'ai commencé à utiliser Linux en 2006 sur cette distribution qui, pour l'anecdote, était installée en dual boot sur tous les PC de mon collège, avec évidemment les logiciels de base comme Open-Office (qui a depuis été racheté par Apache, et a été fork pour obtenir LibreOffice), Audacity et GIMP (j'utilise encore ces deux derniers 20 ans après).
D'ailleurs, les vieux Linuxiens s'en souviendront sans doute, mais vu qu'à l'époque les connexions internet c'était pas vraiment ça, on pouvait se faire expédier par courier le CD d'installation de la distribution de notre choix, voire même trouver chez notre marchand de journaux des magazines sur Linux avec des CD d'installation fournis, c'est comme ça que j'ai testé les différentes variantes d'Ubuntu, mais également Debian, Fedora et Mandriva entre 2006 et 2012.
Côté suite logicielle, on avait tous sur nos PC familiaux les classiques Paint, Solitaire, Dame de Pique, Pinball et le Démineur, mais on avait aussi Microsoft Works, une version allégée de la Suite Office pré-installée avec Windows XP, sur laquelle beaucoup de ma génération ont dû effectuer leurs premiers travaux de classe sur l'ordinateur avant de les faire imprimer sur une imprimante à jet d'encre (d'où le "touche pas la feuille, tu vas faire baver les textes" quand elle sorttait encore fraichement de l'impression).

Côté internet, pour ceux qui avaient la chance de pouvoir y aller avec des connexions gravitant autour des 100ko/s (et oui j'étais à la campagne, pas dans une grande ville), Wikipédia existait depuis 2001 mais n'était pas aussi populaire qu'aujourd'hui, quand on voulait consulter une encyclopédie on se tournait plus souvent vers Encarta, une suite logicielle encyclopédique également produite par Microsoft, mais on pouvait déjà faire des recherches sur Internet avec les classiques Google, Yahoo, Voilà et Ask.com (pour ceux qui ont installé un plugin chelou sur leur Internet Explorer ou Firefox).
À cette époque, Internet était plus un lieu de consultation documentaire que d'échanges, mais on pouvait échanger, certes on avait pas les réseaux sociaux modernes, mais quelle personne de la Génération Y (donc la mienne) n'a pas eu un Skyblog ou un MySpace ? Et les plus pointus sur un sujet ouvraient souvent un OverBlog ou un BlogSpot pour pouvoir diffuser ses connaissances sur un sujet précis, pour ma part j'en consultais régulièrement autour des lores de certains jeux (oui déjà).
Pour l'anecdote, chez moi Skyrock voulait dire Skyblog car on captait pas cette radio
On avait également des messageries instantannées pour échanger en direct, que ce soit via IRC ou les premiers logiciels reposants sur XMPP, on avait également tous MSN Messenger (devenu depuis Windows Live Messenger), et même si les appels visio passaient dessus, on commençait déjà à privilégier Skype pour cela, mais on est nombreux à encore se souvenirs des Wizz et autres animations de "toc toc" sur l'écran de la personne avec qui on discutait, et on avait déjà des Soundboards que l'on pouvait intégrer sur MSN (et c'est ainsi que petit Budda découvrit Didier Super et les Deux Minutes du Peuple).
Comme dit plus haut, YouTube n'était pas encore arrivé en France, mais on avait DailyMotion, c'était notre plateforme de vidéos à nous sur les internets, c'est d'ailleurs dessus que très vite après 2006 ont démarré des chaînes comme le Velcrou (Norman, Hugo, Kemar) ou les membres de ce qui sera par la suite connu comme le NESBlog (la team JDG, Karim Debbache, la team 3615 Usul, RealMyope, CoeurDeVandale), et on avait du côté de JVC les premiers Gaming Live, des tests vidéos qui accompagnaient la review écrite des jeux, animés par Franck Guillaume et la personne ayant fait le test écrit (c'est en grande partie grâce aux Gaming Live qu'aujourd'hui vous pouvez lire ce blog car c'est ça à l'époque qui m'a donné envie de me mettre à la création de contenu sur internet).

Côté cinéma, on a eu droit à Camping avec Franck Dubosc (le fameux "on attend pas Patrick"), Nos Jours Heureux avec Jean-Paul Rouve, et le premier OSS 117, et Spider-Man 3 de Sam Raimi était en cours de production, tandis qu'à la télévision (le machin tout plat dans le salon sur lequel vous branchez votre console), on avait Kaamelott, C'est pas Sorcier, et le samedi soir les sérivores pouvaient profiter de la Trilogie du Samedi (puis bon, on oublie pas Walker Texas Ranger le dimanche midi hein ? Sauf si vous êtiez dans une famille qui matait religieusement la Formule 1 bien évidemment).
Musicalement parlant, c'est à cette période que j'ai réellement commencé à basculer du côté "Metal" de la musique, avec des groupes comme Nightwish, Rammstein et System of a Down, mais on avait aussi des artistes "cultes" pour l'époque comme Kamini, Fatal Bazooka (et oui ça remonte à si loin que ça), Diams, Yannick Noah, Nadiya, Faudel et Pigloo (le Papa Pingouin qui s'ennuie sur sa banquise) côté francophones, Bob Sinclar et David Guetta étaient à leur Prime en France, et évidemment les dames se souviendront des débuts de la carrière internationale de Tokio Hotel (c'était un peu la K-Pop de ma génération) et les gros nerdos comme moi ont tous écouté DoTA de Basshunter cette même année.

Évidemment les musiques soit on achetait les albums pour ensuite les enregistrer sur l'ordi, soit on les téléchargeait totalement illégalement via des services de P2P comme Emule et Limewire avant de les mettre sur notre Lecteur MP3 ou un IPod (chose qu'on a fait aussi pour les films, et c'est comme ça qu'au lieu de Blanche-Neige et les 7 Nains on a fini avec Blanches Fesses et les 7 Mains devant les parents en le mettant sur la télé du salon).
Mais je sais que vous attendez un truc, quelque chose que je semble repousser depuis un moment : le jeu vidéo ! En 2006, on parlait pas trop encore de Retro Gaming, il y avait déjà un public hein, mais qui jouait surtout sur les consoles de l'époque, on avait pas encore tous les émulateurs d'aujourd'hui, et on se refilait les trucs et astuces via des liens vers JVC ou JeuxVideo.fr, ou alors dans les magazines comme les Kids Mania voire même des magazines dédiés aux Soluces de jeux-vidéo comme les Astuces Mania.

Dans les mentalités, l'ordinateur c'était pas "pour jouer" mais "pour travailler", mais on commençait déjà à être nombreux à jouer dessus, déjà aux jeux en Flash via des sites comme Newgrounds (qui existe toujours aujourd'hui), ou alors on était nombreux à jouer à des FPS comme les vieux Rainbow Six, à des jeux de stratégie comme Civilization IV (mes débuts dans la prog se sont fait en recréant la Bataille de Roncevaux grâce aux outils de modding du jeu), ou des jeux de gestion comme Simcity et les Sims, mais c'est aussi dans cette période que les MMORPG ont commencé à réellement se démocratiser avec World of Warcraft, dont la première extension, Burning Crusade, sortait l'année suivante, et côté français on avait Dofus avec son monde des 10 (qui s'est assez rapidement étendu vers le monde des 12).
D'ailleurs, à cette époque, on ne parlait pas encore de Micro-Transactions et de DLC, on achetait nos jeux sur CD (ou on les crackait avec un Keygen, célèbre logiciel de générateur de clé CD qui jouait de sacrées bangers côté chiptune), et à côté on achetait les Extensions pour nos jeux, qui étaient aussi sur des CD dédiés, il fallait respecter un ordre précis quand on installait le jeu et ses extensions, sinon fallait tout recommencer de 0, je me souviens encore de l'étagère complète occupée uniquement par les Sims 1 avec toutes ses extensions, et que pour lancer le jeu c'était le CD de l'extension Abracadabra qu'on devait mettre et non celui du jeu de base (puisque c'était la dernière extension sortie).
Ma lofi à moi c'est ce genre de musiques après autant d'années à les entendre dans les Keygen quand j'étais ado
Les launchers modernes tels qu'on les connait ça existait pas à l'époque, Steam c'était juste ce qui permettait de jouer à Counter Strike en multi, il fallait donc acheter nos jeux sur support physique en supermarché type Leclerc, ou alors dans des boutiques spécialisées comme Dock Games, puis installer à la mano chaque jeu, et les mises à jour des jeux (quand il y en avait) étaient tout sauf automatiques, donc on était obligé d'aller directement voir sur le site des studios ou des sites spécialisés si on avait pas des mises à jour à télécharger et installer pour nos jeux préférés sur l'ordi.
Mais en 2006, la très grande majorité des joueurs était sur consoles, que ce soit les consoles de salon telles que la Playstation 2, la Xbox première du nom (même si la 360 avait déjà commencé à pointer le bout de son nez) et la Gamecube (la Wii n'arrivant que fin 2006 par chez nous), on avait surtout l'habitude de se retrouver les uns chez les autres pour jouer sur un jeu multi sur le canapé à des jeux comme SSX, Burnout, Soul Calibur, Tekken, ou Tony Hawk Underground, chose qui a totalement disparu de nos habitudes aujourd'hui.
Les joueurs nomades quant à eux étaient divisés en 3 catégories, les plus "riches" étaient sur PSP, les "gens normaux" étaient sur la DS, et ceux qui étaient soit fauchés, soit comprenaient pas l'intérêt des deux autres consoles (genre moi) étaient toujours fièrement scotchés à leur Game Boy Advance (j'avais la SP Edition Tribale), avec bien entendu la petite guerre des jeux entre Locoroco et Patapon côté Sony, et les bons vieux Mario, Zelda et Pokémion côté Nintendo.

Avant de fermer la porte sur le passé, il faut que je vous parle d'un truc... Les téléphones portables ! En 2006, on était sur la 3G, on commençait tout juste à avoir une connexion internet sur nos téléphones, qui nous servait surtout à lire les infos, ou dépenser 5 balles pour un fond d'écran tout moche, avoir la dernière chanson de René la Taupe ou Gummybear en sonnerie, ou un petit jeu tout pourri codé en Java J2ME.
Exit les forfaits tout illimités avec 500Go de data qu'on utilise même pas, là on était généralement sur des forfaits limités, pour ma part j'étais sur un forfait limité à 20€ avec 1h d'appel et 60 SMS par mois, sachant qu'on était limité en nombre de caractères, d'où la fameuse écriture SMS du genre "T ou" pour demander à quelqu'un où il est, il fallait faire tout un travail de gymnastique intellectuelle pour faire passer un maximum de mots en un minimum de caractères. Et pour les plus jeunes, si vous avez déjà entendu "putain de T9", ça vient aussi de cette époque, car il existait une fonctionnalité de saisie prédictive, appelée le T9, consistant à appuyer une seule fois sur la touche assignée à la lettre qu'on voulait au lieu de faire 4 fois sur le 7 pour obtenir un S, mais on finissait souvent avec des variations de mots assez aléatoires.

La technologie a bien évolué en 20 ans n'empêche, et nos habitudes aussi, est ce que c'était mieux avant ? Je ne pense pas. Est ce que c'est mieux aujourd'hui ? Je ne pense pas non plus.
En 2006, Internet c'était le Far West, c'était un site = un usage, ou un logiciel = un usage, on avait pas encore tous les services ultra centralisés qu'on a aujourd'hui, ce qui, certes peut faciliter la vie, mais si ces services se mettent à faire n'importe quoi, on peut vite se trouver démuni si on sait pas comment chercher une ou plusieurs alternatives pour retrouver des usages similaires.
À titre purement personnel, je continue d'être un partisan du un site = un usage, car ça évite des situations comme celle qu'on a eu récemment qui a provoqué toute la reflexion qui m'a amené à écrire cet article.
En tout cas, je souhaite à ceux qui ont connu comme moi cette époque une bonne sieste car ils doivent sentir passer le coup de vieux dans les lombaires, et aux plus jeunes une bonne séance de techno-archéologie si vous décidez d'aller creuser pour en découvrir un peu plus sur cette époque (hésitez pas à sortir vos meilleures anecdotes histoire d'en rajouter afin qu'on puisse se marrer entre Dinosaures du web).